Comme un chien de chasse rabat le gibier sur le chasseur, l'amorçage du bon pêcheur attire et maintient le poisson blanc sur son « coup ».
Mais amorcer n'est pas gaver, ni même nourrir le poisson! C'est l'apéritif et tout du long de la partie de pêche le « secret » du bon pêcheur, dans la plupart des cas d'ailleurs secret « de Polichinelle ».
Premiers « secrets » donc : point trop ni trop peu d'amorçage; amorçage plus lourd en eau plus vive ou plus profonde, et pour pêche des poissons au fond.
Amorce plus légère pour pêcher entre deux eaux ou à tous les niveaux, par exemple l'ablette.
L'amorce enfin doit toujours correspondre à l'appât, du point de vue du goût, et parfois de la forme.
C'est ainsi, par exemple, qu'on amorce plusieurs jours de suite, aux mêmes heures, le matin ou le soir, le coin à carpe qu'on viendra pêcher, avec des pommes de terre cuites à l'eau salée, puis épluchées et coupées en bouchées — noix ou cubes — semblables à celles qu'on armera de l'hameçon le jour venu. Ce jour arrivé, on n'amorcera que beaucoup plus parcimonieusement avant la pêche, ou même on n'amorcera pas du tout, ce qui peut inciter les carpes à chercher consciencieusement vos bouchées piégées.
Pour pêcher à la graine de chènevis cuite, on amorcera par exemple avec des boulettes, de la grosseur d'une orange, faites de chènevis frais moulu fin, ou avec un tourteau de chènevis du détaillant. Celui-ci met longtemps à se déliter dans l'eau : et en eau calme, il peut être immergé la veille du matin de pêche, à la fin de la journée. Pas d'autre adjonction, pour cette pêche-là, d'aucune autre amorce qu'une petite poignée, à la volée, de graines cuites au début de la partie de pêche; mais de fréquentes pincées de quelques graines de temps en temps, juste avant de replacer la ligne après chaque prise, ou à chaque coulée de la ligne en eau courante.
*
* *
Si l'on pêche à l'asticot et non à la graine, incorporer des asticots dans les boulettes d'amorce, dont nous verrons plus loin quelques-unes des mille compositions possibles.
Les asticots incorporés à l'amorce seront des larves « pures », tamisées ou soufflées du son ou de la sciure dans «quoi souvent on les transporte, ou que le détaillant utilise par souci de propreté.
* *
Si l'on pêche au ver de terre ou de terreau, on pourra pour de meilleurs résultats incorporer de ces vers à l'amorce, mais en prenant soin de les tronçonner, sans quoi ils s'envaseraient à peine arrivés au fond, faisant éclater prématurément la boulette qui les contient, et qui se déferait plus vite au courant.
On amorce de même au blé, ou à la fève, ou au maïs, ou à l'orge, pour pêcher avec ces appâts; la chapelure ou le pain trempé conviennent pour pêcher à la pâte ou au pain. L'amorçage à base de purée de pomme de terre cuite épaissie aux farines, de préférences oléagineuses — le détaillant les vend toutes — va bien pour pêcher à la pomme de terre.
*
* *
Roi des concours enfin, le « fouillis » de minuscules vers de vase est idéal pour corser l'amorçage aux farines diverses, ou à l'argile tamisée, qui composent le corps des amorçages des champions.
Il a le défaut d'être cher.
Pour la pêche du gardon à la graine sur un coin de pêche vierge, on peut toutes les cinq minutes environ, pendant une demi-heure avant de pêcher, jeter des boulettes de la grosseur d'un œuf faites de fraîche farine de graines moulues, mouillée jusqu'à pâte molle.
Ces œufs d'amorce se délitant dès leur arrivée dans l'eau tracent aussitôt un long sillage attractif.
Des boulettes beaucoup moins mouillées, donc plus dures, seront jetées ensuite, toutes en même temps.
Cet amorçage plus lourd ne sera renouvelé qu'après passage d'une grosse péniche, qui balaierait l'amorce de ses remous brutaux. Ensuite, la petite poignée, puis les chiches mais fréquentes pincées de graines.
*
On voit ici comment on passe de l'amorçage d'appel à l'amorçage d'excitation. Celui-ci peut consister en quelques simples jets de grains de blé ou d'asticots purs, à la pêche au blé ou à l'asticot, sur un coup bien amorcé au début de l'action.
nota : Quand il fait chaud, les gardons ont tendance à remonter au fur et à mesure de la journée, et à prendre l'esche de plus en plus haut ; ceci probablement parce qu'ils montent à la rencontre des graines lancées pour eux, jusqu'à mordre nettement entre deux eaux.
On déplacera dans ce cas-là le flotteur, ou la plombée, ou le premier petit plomb le plus près de l'hameçon, que l'on devra relever.
LES MEILLEURS INGRÉDIENTS D'AMORÇAGE
Au fouillis de ver de vase, aux asticots, aux vers tronçonnés, aux graines, au riz cuit, au son et farines diverses, de maïs, de chènevis, d'arachide, de potiron, on peut ajouter à la liste des cent composants possibles des bonnes amorces toutes les pommes de terre bouillies ou cuites au four dans leur peau, la maïzena, les biscuits ou biscottes pulvérisés, la panure, les fromages, crèmes, ou râpés, ou secs pulvérisés, tous insectes séchés, au four ouvert ou au soleil, puis pulvérisés, notamment les nuées d'éphémères qui en fin de saison montent parfois de la rivière, cette « manne » qui fait que ce jour-là les poissons s'en gavent et refusent tout autre esche.
Ne pas oublier la farine de fève pour pêcher à la fève, la farine de châtaigne, là surtout où l'on prend la carpe à la châtaigne cuite à l'eau et décortiquée, le sang en poudre si l'on pêche au ver, battu liquide avec de la terre de taupinière ou de la terre de berge si l'on pêche au sang l'hiver. (On jettera l'amorce à la louche sur le sillage prospecté, en amont, là où l'on placera la ligne.)
A la pêche au tronçon de boyau de poulet, qu'on accroche à l'hameçon non dégarni de son jus — de sa « crème » — ceci pour le chevesne ou le barbeau, on peut amorcer avec des abats, y compris de volaille, finement hachés.
Même amorçage pour pêcher au foie, cru ou cuit, ou à l'amourette, ou moelle.
Amorces carnées pour appâts carnés, y compris pour pêcher au ver.
Le lait caillé marche aussi, incorporé aux farines ou aux pâtes, ou à la terre, de berge ou de taupinière.
Une poignée de cette terre, avec ou sans crottin sec écrasé, suffit pour attirer le goujon.
Ou bien on pilonne le fond avec une ventouse de caoutchouc à déboucher les éviers, pour décoller les larves du fond et attirer là perches, vairons, goujons.
On peut pêcher ces derniers sans amorçage aucun, et en certains endroits, « à trousse-culotte », les pieds dans l'eau grattant le fond pour y entretenir un nuage amorceur. Et goujons et vairons viendront vous picorer les orteils.
Attention cependant, ce n'est pas licite partout. Se renseigner sur place.
Enfin, savoir qu'une poignée de son rameute toujours en eau vaironnante une nuée de vairons.